Ça fait maintenant 10 ans que j’évolue dans le milieu de la tech. 10 ans durant lesquels j’ai eu la chance d’endosser plusieurs rôles, de porter différentes casquettes, d’explorer des domaines variés.
Et pourtant, malgré cette richesse d’expériences, je me suis très souvent questionnée sur ce que je voulais réellement faire. Avec ce sentiment persistant de ne pas exploiter mon plein potentiel.
Pendant longtemps, j’ai vécu cette transversalité comme un flou. Comme si toucher à plusieurs domaines signifiait ne jamais aller assez loin dans un seul. Aujourd’hui, je commence à accepter, et même à revendiquer, ce profil transverse, touche-à-tout, multipotentiel. Dans un domaine comme l’IT, en constante évolution, c’est une chance immense.
Être passée par le développement backend, la business intelligence, l’intégration, l’opérationnel et le DevOps, tout en cultivant une fibre entrepreneuriale, m’a permis de comprendre une chose essentielle.
Ce qui m’anime profondément, ce n’est pas un métier précis, mais l’utilisation de la technologie et du digital comme leviers de croissance et d’impact.
Le malaise invisible du profil transverse
Derrière cette transversalité, il y a pourtant un malaise dont on parle peu. Un malaise silencieux, souvent invisible de l’extérieur.
À un moment ou à un autre, on peut ressentir un sentiment d’illégitimité.
Celui de devoir se justifier sur son parcours.
Celui aussi d’un épuisement mental lié à des centres d’intérêt multiples, à cette impression de toucher à tout sans jamais entrer dans une case clairement définie.

À cela s’ajoute parfois autre chose, plus difficile à expliquer.
Une pensée qui ne s’arrête jamais. Des idées qui fusent en permanence. Des projets, des concepts, des solutions qui prennent forme très vite dans l’esprit.
Pendant longtemps, j’ai vécu cela comme une forme de dispersion. Comme si cette capacité à lancer rapidement des choses, à passer de l’idée à l’action en un temps record, était un défaut. Comme si créer vite signifiait forcément manquer de profondeur ou de constance.
Ce malaise a pris une forme très concrète à un moment précis de ma vie.
La période du post-partum, en plein Covid.
J’ai toujours été quelqu’un qui excellait dans ses missions, qui avait toujours bien réussi sur le plan académique et professionnel. Et du jour au lendemain, une entreprise se sépare de moi de manière brutale, sans réelle compassion, dans une période déjà extrêmement compliquée sur le plan personnel.
Forcément, ça fait mal.
C’est un vrai coup.
Ce qui m’a le plus pesé intérieurement, c’est ce sentiment d’être mise de côté, comme si tout ce que j’avais construit jusque-là ne comptait plus. Du jour au lendemain, on se débarrasse de moi. Et cela a profondément ébranlé ma confiance en moi, d’autant plus que je traversais une période de post-partum.
C’est à ce moment-là que le malaise lié à mon parcours s’est intensifié.
Je me suis dite qu’il y avait un problème le jour où je me suis posée pour parcourir mon CV. En le regardant, j’ai réalisé qu’il n’était pas linéaire, pas “classique”. Contrairement à beaucoup de profils très spécialisés que l’on voit dans la tech, des experts d’un seul outil ou d’un seul périmètre, moi, j’avais touché à beaucoup de choses.
Et en le voyant noir sur blanc, j’ai eu ce sentiment étrange de ne pas rentrer dans une case. L’impression d’être trop dispersée. À l’époque, je ne voyais pas encore que cette rapidité à apprendre, à exécuter et à créer grâce à la technologie était une compétence en soi. Je voyais surtout un parcours que je jugeais confus.
Ce que je n’osais pas dire à voix haute, c’était justement cela. Je n’osais pas assumer ce profil transverse, cette capacité à passer rapidement de l’idée à quelque chose de concret, alors même qu’elle me servait déjà, dans mes missions comme dans mes projets personnels.
Avec le recul, je comprends que ce que j’ai vécu n’était pas un manque de compétences, ni un échec professionnel au sens strict. C’était le symptôme d’une inadéquation entre un environnement très normé et un profil hybride, capable de créer, d’expérimenter et d’exécuter rapidement, mais difficile à faire rentrer dans une grille de lecture classique.
Le déclic progressif
J’ai commencé à voir le lien entre toutes mes expériences assez récemment, notamment lors de ma mission actuelle, mais aussi à travers mes projets personnels.
Je me suis rendue compte que tout mon parcours me servait énormément dès que je voulais créer un nouveau produit ou lancer un projet digital. Rien n’était perdu.

Dans le monde de l’entreprise, je le constate aussi très concrètement. J’ai souvent des collègues qui me disent que je suis différente des profils Ops ou DevOps qu’ils ont connus auparavant. Je touche à plusieurs sujets, j’anime des daily meetings, je suis force de proposition, je n’attends pas systématiquement qu’on me dise quoi faire.
La prise de recul
Ce qui revient toujours, peu importe le rôle que j’occupe, c’est cette volonté d’utiliser la technologie pour améliorer le quotidien, pour fluidifier, pour créer de la valeur. Et ce qui me donne de l’énergie, même dans le doute, ce sont les projets à impact humain. Les projets où la technologie n’est pas une fin en soi, mais un moyen de répondre à de vrais besoins.
Avec le recul, je comprends mieux aujourd’hui ce qui se joue.
Cela fait maintenant 10 ans que je travaille dans la tech. Et toutes ces compétences acquises ici et là me servent au quotidien. Je me rends compte que j’apprends très vite, que je n’ai pas peur des nouvelles technologies ni des courbes d’apprentissage.
Je n’ai pas peur de recommencer.
Je n’ai pas peur de ne pas tout savoir.
Grâce à ce profil transverse, je suis capable de travailler sur des projets à impact humain en utilisant le digital et la technologie comme leviers. Quand je regarde l’ensemble des projets que j’ai menés, qu’ils soient personnels ou professionnels, il y a toujours ce fil conducteur. La technologie au service de la croissance, de l’utilité, de l’impact.
Si je devais parler à la Fatou d’il y a quelques années, je lui dirais qu’elle est courageuse, qu’elle est forte, qu’elle est multipotentielle, et que c’est précisément ce qui fait sa force.
Et ce que j’aimerais que les profils comme le mien entendent plus tôt, c’est qu’il n’est pas nécessaire de se limiter à un seul domaine. Le monde de la technologie évolue extrêmement vite. L’adaptation est devenue une compétence à part entière.
Une autre façon de lire un parcours
Il existe une autre façon de lire un parcours que par le prisme d’un intitulé de poste ou d’une spécialisation unique. On peut aussi le lire à travers ce qui revient toujours, ce qui donne de l’énergie, ce qui crée du sens.
Aujourd’hui, j’explore justement ces pistes. Comment utiliser le digital comme levier de croissance et d’impact. Comment embrasser l’ensemble de ses compétences au lieu d’en renier une partie. Comment ouvrir la voie à d’autres profils transverses qui n’osent pas encore assumer ce qu’ils sont.
Je n’ai pas encore toutes les réponses.
Mais je sais une chose.
La technologie, utilisée avec intention, peut être un formidable outil au service de projets utiles et humains.